OUVERTURE D'UNE MAISON D'ACCUEIL POUR JEUNES

Question orale à Monsieur Emir kir, Ministre en charge de l’action sociale concernant le soutien à une maison d’accueil pour les 18-25 ans.

Séance plénière PFB 29 octobre 2010

M. Pierre Migisha (cdH).- A l'occasion de l'année européenne de lutte contre la pauvreté, il a été dit et répété que lutter efficacement contre ce fléau ne peut se limiter à la satisfaction des besoins primaires ni des demandes urgentes. Certes, l'action sociale d'urgence est nécessaire mais il convient d'orienter davantage nos moyens vers la réinsertion durable des personnes. Les maisons d'accueil fonctionnent dans cet esprit. Leur objectif est d'offrir à  leurs pensionnaires un espace et un temps pour se poser, retrouver du sens à leur existence et créer de nouveaux projets pour l'avenir. Ce travail d'insertion durable, pour qu'il puisse  réussir, nécessite un certain temps et surtout un encadrement personnalisé et adapté. II apparaît donc de plus en plus nécessaire de mettre en place des projets dédiés à des catégories de public bien spécifiques. L'étude ''Vivre sans chez soi à Bruxelles'', qui accompagne le tout récent plan d'action de lutte contre la pauvreté, confirme ce besoin. Elle souligne le manque criant de places pour certaines catégories de personnes, tels que les hommes avec enfant, les couples ou les personnes souffrant de problèmes de santé mentale. L'étude cite également la catégorie de jeunes de 18 à 25 ans dont l'importance va certainement croître dans les années à venir, étant donné l'essor démographique et le rajeunissement de la population dans notre Région. Le nouveau rapport sur la pauvreté de 2010 met en lumière la situation particulièrement préoccupante des jeunes à Bruxelles. En effet, un peu plus d'un tiers des enfants vivent dans un ménage sans revenu du travail. La moitié des jeunes accuse un retard scolaire en première secondaire et près d'un quart quitte l'école sans diplôme de l'enseignement secondaire. Par rapport à cette catégorie, il faut bien sûr travailler en amont, sur la formation et l'insertion professionnelle mais il est malheureusement à prévoir que bon nombre d'entre eux risquent de tomber dans la pauvreté. Pour en revenir à la question des maisons d'accueil, les travailleurs sociaux témoignent de la difficulté de mettre en place des projets de réinsertion avec ces jeunes encore très immatures. Les accueillir avec un public plus âgé qui ne jouera pas forcément le rôle de modèle ou d'exemple n'aide pas à la réinsertion. Pour ces jeunes, il faut des structures de petite taille, un projet pédagogique adapté et du personnel formé aux exigences de ce projet. Or, j'ai récemment appris que l'asbl Les Petits Riens avait déposé un projet de maison d'accueil pour les 18-25 ans. Cette entreprise d'économie sociale possède également une maison d'accueil à Bruxelles et obtient des résultats extrêmement positifs. En effet, près de la moitié de leurs pensionnaires retrouvent, à la sortie de l'établissement, une situation stable et plus confortable qu'à leur arrivée. Toutefois, les travailleurs sociaux ne parviennent pas à obtenir d'aussi bons résultats avec les jeunes, ce qui les incite à développer ce projet spécifique. L'association dispose des fonds nécessaires pour acheter le bâtiment mais pas pour ses frais de fonctionnement. Le soutien à des projets spécifiques
d'accueil groupé de jeunes adultes fait partie de l'accord de majorité de la Commission communautaire française pour 2009-2014. Avez-vous pris connaissance de ce projet ? Le soutien à celui-ci fera-t-il partie de vos priorités pour l'année 2011 ?

M. Emir Kir, ministre en charge de l'Action sociale.- Ce projet est le fruit d'un double  constat réalisé par la maison d'accueil Les Petits Riens et a fait l'objet d'une concertation avec le secteur des maisons d'accueil. Tout d'abord, on s'est rendu compte que le pourcentage de personnes hébergées dans les maisons d'accueil situées en Région de  B
Bruxelles- Capitale et âgées de 20 à 24 ans ne cesse d'augmenter. On est passé de 12% en 2005 à 20% actuellement. Ces dernières années, on constate en outre que ces jeunes sont de plus en plus immatures. On rencontre dès lors énormément de difficultés lorsqu'ils sont présents dans ces maisons d'accueil. Face à ce constat, l'asbl Les Petits Riens a eu l'idée de créer une structure spécifique adaptée à cette catégorie d'âge. Ce projet vise un  accompagnement spécifique dans un immeuble réservé à douze jeunes en chambre individuelle. Le projet sera mixte car l'équipe des Petits Riens estime que la présence de jeunes filles peut parfois être un élément modérateur. Ce projet est ambitieux car il va permettre aux jeunes de s'inscrire dans un projet à dynamique proactive. Comme M. Migisha l'a signalé, il les aide à se mettre à niveau sur le plan scolaire, à s'investir dans une formation qualifiante ou dans la recherche d'un emploi valorisant et, enfin, à apprendre à se réintégrer dans la société. Afin de garantir la qualité du projet, il est prévu un séjour d'environ une année. Cela arrive déjà dans les maisons d'accueil mais, vu les difficultés rencontrées par ces jeunes, il s'agira d'un séjour d'une année. Ce ne sera donc pas un centre d'hébergement d'urgence car ce travail nécessite un réel suivi et un certain temps pour mener à bien l'approche globale de réinsertion des jeunes. L'asbl désire que cette nouvelle structure soit bien distincte mais qu'elle bénéficie de l'aide des différentes cellules  (juridique, logement, insertion, santé, animation) de la maison d'accueil existante. Enfin, une collaboration avec des services extérieurs tels que le SMES (Santé mentale et exclusion  sociale) ou les centres de planning familial et tout autre service ambulatoire est envisagée. La mixité du projet justifie également la création d'une structure bien séparée de la maison principale qui n'accueille que des hommes. L'asbl Les Petits Riens est actuellement agréée par la Commission communautaire française comme maison d'accueil avec une capacité de 120 places et un montant d'environ 900.000 euros. Elle accueille des hommes âgés de 20 à 60 ans et leur propose un projet basé sur la responsabilisation et l'activation. Quant à la faisabilité de ce projet "jeune", hier, la Commission communautaire française a adopté son budget. J'ai prévu des moyens pour lancer ce projet à partir de l'année prochaine.

M. Pierre Migisha (cdH).- Vous partagez mon analyse concernant la nécessité de développer ce type de projets, destinés à un public très spécifique. Vous avez confirmé que la Commission communautaire française soutiendra ce projet. Je suppose que cela fera des heureux, tant du côté de l'asbl Les Petits Riens que, surtout, du côté des jeunes qui seront  concernés par ce projet.